lundi 22 janvier 2007

L'abbé Pierre au Panthéon ?

Si l'on en juge aux hommages vibrants prononcés depuis ce matin, cela ne saurait tarder.

Les uns réclament des funérailles nationales, une béatification républicaine. Images5_5 Les autres louent, sans compter les superlatifs, le courage, l'abnégation, la vision de l'Abbé Pierre. Cinquante-trois ans apres l'appel qui l'a rendu célèbre (et qui a bien embarrassé à l'époque les politiciens français), Henry Grouès s'en va sous un tombereau de lauriers.

Le tout premier, Jacques Chirac, (ou plus probablement un conseiller de permanence à l'Elysée) trouva ce matin le bouton du fax. A 6h27, à peine dix-sept minutes après l'annonce officielle du décés, Images6_4Jacques Chirac, sans doute encore en pantoufle, déclare la "France entière touchée au coeur". Un communiqué préparé de longue date, comme les nécrologies que les télés mettent aussitôt à l'antenne.

Le président arrive loin devant le peloton des hommages posthumes, qui lui ne déboule qu'une heure après (l'Elysée est-elle la seule abonnée à l'AFP?) : Dominique de Villepin (7h52), bon second comme toujours, puis Bertrand Delanoé et sa "quête d'actualité" (7h53) et l'oeucuménique Dalil Boubaker (7h57), le recteur de la Grande Mosquée (qui lui était sans doute levé depuis belle lurette puisque la prière du matin en Islam commence à cinq heures tapantes).

Depuis les candidats se sont réveillés, Images9_3les bonnes âmes ont rivalisé d'audace pour saluer le grand homme, sa cause et sa verve. Jusque Jean-Marie Le Pen qui du bout des lèvres, vraiment, prédit sur notre plateau que l'Abbé "ira droit au paradis", avant de confier au café : "A l'aûne de l'Abbé Pierre, il me reste quatorze belles années devant moi". Et on le sent alors tout ragaillardi par la perspective de pouvoir quelques années encore jouer les empêcheurs de tourner en rond.

Et de l'Abbé que reste-t-il ?

Un film d'actualité que l'on se repassera en Images7_5boucle, des photos vieillies, une loi sur le droit opposable au logement, que l'on feint de croire applicable. "La loi du tapage", dit Bernard Kouchner qui en connait un rayon.

Un exemple, une icone et... Ah, oui... Des hériters, à la pelle : les frères Legrand, ces Don Quichotte qui ont retenu du prêtre un vrai talent pour la provocation et l'utilisation des médias (voir "l'Abbé Pierre est un malin"), Jean-Baptiste Eyrault, du Droit au Logement qui jusqu'au bout, la semaine dernière aura tenté d'obtenir un dernier coup de gueule de l'Abbé... Les bénévoles d'Emmaus, bien sûr, leur Président Martin Hirsch, qui tente, avec patience et modération mais pour l'instant sans grand succés, de se faire entendre des responsables politiques pour tenter de sortir "Deux millions d'enfants pauvres" de l'ornière. Images8_4

Dans les heures, peut-être les jours qui viennent, chacun tentera de s'attacher l'aura du Saint homme. Tout le monde l'aura croisé, vu, connu, aimé. On vous racontera les engueulades et les bons mots. Bref, l'Abbé deviendra un label que chacun portera à sa boutonnière, avant de le ranger, bien sagement avec les autres, dans les tiroirs de l'Histoire.

Ou pourquoi pas au Panthéon, finalement...

dimanche 21 janvier 2007

Frêche et les Royales palinodies

Ségolène Royal demande donc la tête de Georges Frêche.

Il est vrai qu'après le carton jaune attribué à Arnaud Montebourg pour allusion déplacée à "l'époux de la Reine", elle ne pouvait guère faire moins.

Carton rouge donc, au remuant Président du Conseil Régional du Languedoc-Roussillon pour propos déplacés sur le nombre excessif de noirs en équipe de France (déjà évoqué dans "Charité bien ordonnée", le 14/01). Et voilà comment, d'une certaine manière, ordre ("juste"?) est donné à la commission Frechedes conflits du PS de bien vouloir trancher en ce sens.

Un petit rappel tout de même : Le 8 novembre, en visite à Montpellier elle l'embrasse comme du bon pain (photo) avant d'être faite citoyenne d'honneur de la région et de recevoir son soutien officiel dans sa course à la candidature. le 16 novembre lorsque "l'affaire" éclate, elle condamne les propos de son ami Frêche mais estime qu'elle n'a pas son mot à dire et qu'il revient au PS de décider. La semaine dernière, logiquement, lorsque Georges Frêche annonce sa mise en congé du parti "pour ne pas gêner sa candidate", elle estime qu'"on peut en rester là": "ce qu'il a fait est bien, ajoute-t-elle. Pour le reste, c’est à lui de voir s’il peut continuer à présenter des excuses".

Quelques jours plus tard, le couperet tombe à mille lieues de ses positions préalables.

Qu'en conclure ? Souvent Ségolène varie ? Bien fol qui s'y fie? Disons plus prosaïquement qu'il y a décidemment du Mitterrand dans sa pratique consommée de la réalpolitik et de la palinodie.

Bové : le retour d'Asterix.

Revoilà là donc José Bové, l'homme qui il y a quelques semaines encore jurait - mais un peu fort - qu'on ne le reprendrait plus dans la grande marmite des ambitions électorales. "Il ne serait pas, disait-il alors, le candidat de la confusion, de la division", Images_10bref : de l'éclatement à la gauche de la gauche.

Le même, donc, moustache en bataille et pipe en biais, tape du poing sur la table et déclare aujourd'hui qu'il annoncera sa candidature le 1er fevrier. Plus question d'attendre l'improbable retrait de Marie-Georges Buffet ou de négocier un ralliement d'Olivier Besancenot : il en veut, il ira. Et qui l'aime le suive...

Qui ? Les collectifs anti-libéraux réunis ce week-end à Montreuil, une partie des verts (tendance Francine Bavay), une pétition signée par 25.000 internautes... Et quelques amis qui se seront montrés aussi discrets que précieux dans ce drôle de drame.

Parmi eux Denis Pingaud (à gauche), ancien de Rouge, proche de la "fabiusie" (pour laquelle il travailla jusqu'au 16 novembre) et biographe du leader de via campesina. Pic Aujourd'hui chargé de mission chez Euro-RSCG, Denis Pingaud est un fidèle de Bové. Il était l'un des rares présents autour de lui lorsque nous avions reçu le 30 octobre dernier l'Asterix des Causses au Franc-Parler. Et je parierai ma chemise (allez, une de mes chemises...) qu'il n'est pas pour rien dans la pétition de contournement lancée sur le net pour justifier cette candidature "paysanne".

Quand à José Bové, avec qui nous avions longuement discuté ce soir là, je crois qu'il s'en veut trop d'avoir raté le coche présidentiel en 2002, pour renoncer maintenant. Son principal argument reste le même :

"si la gauche de la gauche n'est pas unie au premier tour derrière un candidat fort, nous disait-il alors, qui aura la force de rabattre ces électeurs vers Royal au second ?".
Oui, qui ? Son principal mérite aujourd'hui est de poser clairement la question.

mercredi 17 janvier 2007

Presidentielle : quand Internet change la donne...

Internet "c'est... Spectaculaire". Spectaculaire, surtout, la découverte de Ségolène Royal ce matin au micro de RTL. Eh, oui... Internet, çà mord !

Jusque là, la candidate, comme beaucoup de politiques et de journalistes (dont j'était il y a trois mois encore...) considéraient la toile,Images3_4 ses blogs et ses forums comme un aimable espace de diffusion d'idées et de vidéos expérimentales. Un espace très "hipe", un peu fort de café parfois, mais bon... Tant que tout cà restait entre bloggers, au sous-sol, ça ne pouvait pas faire de mal.

Avec la Sapinière et la polémique sur l'ISF, tout vient de changer.

Brutalement, le fragile équilibre de la campagne royaliste trébuche sur une malheureuse info, détournée de son sens initial par quelques petits malins dont je continue à penser qu'il votent plus volontiers Sarko que Besancenot (mais en cette matière comme en d'autres, je peux me tromper). Elle utiliserait une Société Civile Immobilière (vrai) pour frauder le fisc (faux), elle serait "riche" (vrai, "aisée" comme elle dit).

Après une semaine d'incubation sur le net Images7_4 (voir "Ségolène, François et la Sapinière"), l'info est opportunément sortie au grand jour par l'UMP Jacques Godfrain. Une bénédiction après la sortie de François hollande sur les impots. Elle est fausse, tant pis. Ségolène Royal qui jusque-là était très occupée à caresser les moutons et les français dans le sens du poil est obligée de contre-attaquer, de venir s'expliquer. La louve doit sortir du bois. Elle le fait habilement... Mais le mal est fait, le soupçon (sans fondement) lancé. Images6_3Déjà au Parti Socialiste on s'autorise ouvertement des critiques sur sa stratégie présidentielle, un portable reste opportunément allumé sur une table du Bureau National pour témoigner du trouble des éléphants, la conversation atterrit à la Une du monde. au lieu de faire "pschiiit", l'affaire fait "boom".

Autrefois pour faire passer une info/intox comme celle là, on aurait appellé le Canard Enchainé : oui, mais au Canard, ils vérifient. Une info sur cent finit imprimée. Alors, maintenant, on met le feu au web. On inonde sites, blogs et forums de mails pratiquement calqués les uns sur les autres. Et le tour est joué.

Dans les années 80, les milieux d'extrême droite bruissaient de la rumeur selon laquelle Mitterrand aurait reçu la francisque des mains du Marechal Pétain. Lorsqu'un militant néo-nazi de retour de Croatie où il venait de jouer à la guerre me livre l'info, en 1990, je n'y crois pas. Images5_4Pour moi, ça sent l'intox extrémiste à plein nez. J'oublie l'affaire. Cinq ans plus tard, surprise : la photo fait la Une du livre de Pierre Péan.

Aujourd'hui c'est sans doute sur internet que l'on retrouverait ces accusations politiquements incorrectes mais pour le coup parfaitement exactes. Peut-être même la précieuse photo. Et, à coup sûr, en quelques semaines, elle serait publiée.

En ce début d'année 2007, la toile est donc devenue, au grand damn de Ségolène Royal, le banc d'essai des boules puantes de la campagne, comme il était, lors des dernières présidentielles américaines le test grandeur nature des redoutables clips comparatifs des républicains et démocrates. Et désormais, info ou intox, les medias du jour vont avoir de plus en plus de mal à ignorer les nombreuses affaires qui agitent les sous-sols du net.

Le métier, décidemment va devenir difficile...

lundi 15 janvier 2007

Ca l'affiche mal...

Coup de chapeau au coup d'oeil de Lancelot. Ce bloggeur et patron de presse en herbe raconte comment il est allé passer une journée en "immersion" au congrés de l'UMP. Dscn0450jpg_1 Et il en revient avec une comparaison qui fait mouche : regardez l'affiche de Nicolas Sarkozy, nous dit-il. Et maintenant celle du film "Président", dans lequel Albert Dupontel campe un homme politique aussi cynique qu'il est charismatique et populaire (allez voir la vidéo pour vous en convaincre).

Même reliefs arrondis, même costume, même cravate...

Lors de la sortie du film, la ressemblance avait frappé President Elisabeth Guigou (alors alliée de Lionel Jospin et invitée d'I>matin) :

"A la télé vous avez un téléfilm avec une héroïne qui ressemble à Ségolène Royal ("l'Etat de Grace", ndla), au cinéma Dupontel qui fait tellement penser à Sarkozy. Les medias qui ressassent ça en boucle. Ces deux là, décidemment, difficile d'y échapper. Nous sommes cernés...".

A l'époque du référendum européen déjà, Christophe Lambert, alors publicitaire fêtiche de Nicolas Sarkozy, Images16_1s'était autorisé à plagier une autre campagne pour en faire l'affiche du "Oui" de l'UMP. Le visage de cette enfant levant les yeux vers les étoiles européennes était directement pompée sur une campagne Mercédés (pour ses Mercédés Center)Mercedes_center_6, qui était parfois publiée dans les mêmes journaux.

Une petite panne d'imagination, peut-être ?

dimanche 14 janvier 2007

Sarkozy, d'un maitre à l'autre...

Nicolas Sarkozy est un bon élève... Et cet après midi, Porte de Versailles, l'élève a indéniablement dépassé le maitre que l'on s'évertue à lui désigner. Jacques Chirac est battu. Et à plate couture. Jusque dans ses records. 20070114t180543z_01_nootr_rtridsp_3_ofrtLe président de la République avait été porté par 95,5% des suffrages à la tête du RPR en 1976 ? Nicolas Sarkozy rafle un 98,1% sans équivalent dans l'histoire des démocraties.

Et peu importe l'abstention, le passage éclair de Villepin, l'absence de Bernadette Chirac ou d'un simple message de son mari. Ce triomphe là ne souffrira aucun bémol.

Mais est-ce bien avec ce maitre là, Jacques Chirac, que Nicolas Sarkozy tente désormais de rivaliser ? Lorsqu'il pose devant un doux paysage de campagne vallonné dans sa dernière affiche, lorsqu'il parle de réussir "ensemble" et de "France réunie" (la "France unie", ca ne vous rappelle rien?), dans quelle encre trempe-t-il sa plume ?

Lorsqu'il le répète onze fois dans le même discours : Affichesarkozy2007_01_1"j'ai changé". Lorsqu'hier sa rupture devenait "tranquille" et qu'aujourd'hui sa "France d'après", ses cyprès et ses coquelicots s'effacent devant une France paisible et minérale, verte et arrondie, lorsqu'il affirme qu'il ne sera pas le candidat d'un parti, mais celui de tous les français, dans les pas duquels se met-il ?

Ceux de Jacques Chirac ou Images11_2ceux de François Mitterrand ?

Nicolas Sarkozy il est vrai n'a plus besoin de Jacques Chirac ni de la "France d'après". Il a imposé au Président sa puissance de feu, jusqu'à lui rafler son parti. Et il est déjà dans l'"après". L'après Chirac. Cette victoire là, il la tient.

Egaler Mitterrand ou en tout cas retenir ses leçons, voilà peut-être son nouveau défi. Jacques Attali, qui connait bien les deux hommes (il habite Neuilly), me racontait un jour l'admiration du patron de l'UMP pour le parcours de l'ancien président, son intelligence, son habilité politique. Sa capacité à transcender les rivalités de "clans" et à ne jamais apparaitre comme un "factieux", mais bien comme le rassembleur. A ne pas inquiéter...

Auteur"Il était venu me voir à l'Elysée en 1982, un an avant son élection à la Mairie de Neuilly, m'a dit un jour l'ancien conseiller spécial du président. Il voulait voir l'Elysée, comprendre comment se dirigeait le pays. Tout l'intéressait, il voulait tout savoir... Mon bureau jouxtait celui de François Mitterrand. Je crois qu'il a rêvé alors de voir la porte s'ouvrir..."
En 1982, Ségolène Royal travaillait à quelques bureaux de distance pour le même Attali. L'histoire ne dit pas si les deux se sont croisés. Elle ne dit pas non plus si il se croiseront au second tour. Mais si c'est le cas, d'une certaine manière nous aurions là le combat de deux héritiers.


samedi 13 janvier 2007

Scoop : François Hollande est socialiste !

Le monde dans lequel nous vivons est tout de même curieux...

Un monde où l'on s'étonne de voir un dirigeant socialiste, proposer d'augmenter les impots. Images7_3 Ceux qui gagnent plus de quatre mille euros nets doivent payer plus, dit François Hollande, sans ambages.

Qu'un socialiste pense en 2007 que l'impot peut-être un instrument de solidarité, un outil pour parvenir à une meilleure répartition des richesses, ne devrait pourtant étonner que ceux qui reviennent de Mars ou celles qui pensent qu'il ne faut jamais fâcher personne. En homme politique madré (et un brin démagogue, parfois), François Hollande cible les 3% de français qui gagnent le plus, donc ceux que personne ne défendra. En socialiste génétique, il ne fait que manifester un atavisme qui ne peut surprendre les amis de la famille.

Depuis des années l'économiste Thomas Piketty, l'un des plus brillants parmi la jeune classePiketty131x180 (membre du club crée par Michel Rocard et Dominique Strauss Kahn), affirme ainsi que les baisses d'impots sont une mauvaise affaire et que ce qui s'impose c'est une réforme qui rendent l'impot lisible et permette aux français de savoir au juste ce qu'ils paient et pourquoi. Il affirme même, contre l'opinion générale que l'Impot sur le revenu en France ne contribue que très insuffisament à l'effort de solidarité.

Voilà, le bouillon de culture dans lequel baigne François Hollande. Sa culture tout court et celle de son camps.

Il faut donc dépasser ses déclarations à l'emporte-pièce ("j'aime pas les riches") et balayer les polémiques sur la question de savoir si un fils de medecin qui vit de la politique depuis 27 ans est le mieux placé pour parler de ça. Haut fonctionnaire en disponibilité, presque'immédiatement recruté comme conseiller à l'Elysée à sa sortie de l'ENA, député depuis 88, maire de Tulle depuis 2001, patron du PS depuis dix ans, il n'a jamais été dans le besoin. Dont acte. Finalement, compte tenu de ses revenus et de son patrimoine, il y aurait même quelquechose de généreux à proposer des réformes qui ne peuvent que, personnellement, lui coûter cher.

Seulement voilà, Madame, elle, ne veut pas en entendre parler.

Images8_2 Et il faut aussi s'arrêter un instant sur cette bisbille devenu quasi permanente entre le patron du parti et la candidate socialiste. Certes, les grands ainés ont déjà sacrifiés à ce "duo-duel" de campagne : Mitterand et Jospin en 88 ("la France unie" ca ne sonnait tellement peu socialiste que le premier secretaire était parti bouder en Grèce, rappelait Catherine Nay ce matin sur Europe1), Jospin et Emmanuelli en 95, Jospin et Hollande en 2002 ("mon projet n'est pas socialiste").

Ce qui est drôle d'ailleurs c'est que c'est un vieux sujet de dispute au sein du couple le plus célèbre du PS : en 79, François Hollande, chef de bande à l'ENA et déjà socialiste, avait mis sur pied un fond de solidarité pour aider les étudiants nécéssiteux à se loger pendant leur stage. Relancée plusieurs fois, Ségolène Royal a toujours refusé de verser son obolle. Elle s'en était expliquée à l'époque dans une lettre très sèche à "François". "Personne ne m'a aidé à arriver jusque là, y disait-elle en substance. Si vous, les fils de bourgeois, vous avez envie de vous donner bonne conscience, n'hésitez pas. Mais ce sera sans moi".

La hausse des impots aussi...

Dans la droite ligne des candidats contre les chefs de parti, Ségolène Royal, sortant du silence dans lequel elle s'était réfugiée après les premiers propositions fiscales du père de ses enfants, a donc promis de ne pas créer "d'impots nouveaux" et même d'alléger les charges qui pèsent sur le travail en les transférant vers le capital. Exit, a priori, la sur-taxe Hollande.

Mais ces deux là, il va tout de même falloir qu'ils se parlent un peu. Et pas seulement de la nouvelle déco de Solferino et du bleu azur qui a remplacé le rouge lors des conférences de presse de la candidate, au siège du parti.

Le rouge ça faisait un peu vieille gauche, peut-être ?


vendredi 12 janvier 2007

Sarkoshow, devant...

Les paris sont ouverts pour tenter de prédire le score de Nicolas Sarkozy, dimanche, aux primaires UMP. Combien de suffrages, combien de votes blancs puisqu'il reste seul en lice? Images_8 85,1% d'adhesion comme lors du vote de pour la Présidence du mouvement en 2005 ? 95,5% comme Jacques Chirac en 1976? Sans doute en rêve-t-il après un parcours semé d'embûches et de chausse-trappes. Quelle revanche, en effet, sur tous ceux qui ont tenté depuis quatre ans de se mettre en travers de sa route.

Jacques Chirac, qui tente une dernière esbrouffe en utilisant ses voeux pour tenter de se faire passer pour un candidat. Mais qui ne trompe plus personne à force de recaser ses fidèles qui au Stade Rennais, qui au CSA, à la Caisse des dépots ou au Conseil Constitutionnel.

Dominique de Villepin, la naïade de La Baule, renvoyé à ses études par le bouillon du CPE, même si certains font mine d'y croire encore. Images5_3 Son conseiller en communication, Franck Melloul, continue à entretenir les journalistes du "formidable élan" qui se manifeste sur le net : de "couragerepublique.com" à "2villepin" en passant par Les étudiants avec Villepin et "villepinoulenergiedelaction". J'en passe. Mais peut-il y avoir un retour de cette Ile d'Elbe ou le premier ministre s'est enfermé tout seul?

"Il a l'habitude de dire qu'il suffit de trente hommes pour prendre le pouvoir, nous confiait mardi le député Hervé Mariton, un de ses derniers fidèles. Le problème c'est que nous sommes trois... à peine".
Restait Jean-Louis Borloo, le troublion social, le froissé, l'hirsute. Mais lui aussi est apparemment rangé des voitures. Images1_4 Plutôt que l'Elysée, il se verrait bien dâmer le pion à Françoise de Panafieu pour la Mairie de Paris. Il suffira de proposer à Dame Panafieu un poste de ministre (comme Jack Lang en 2001 à gauche) et le tour, pense-t-on, sera joué.

Et enfin MAM... Ah, MAM... Qui déchaînait les passions sur ce blog lors du sondage de la Saint Sylvestre. MAM et ses soutiens, son insoutenable suspens, MAM et son "gaullisme social". Et bien comme je l'écrivais ici même avant Noêl, quitte à l'époque à me faire traiter de "menteur" par ses fidèles : MAM c'est bien fini. Elle s'est officiellement ralliée ce soir au blanc panache de Nicolas le magnifique.

Non pas qu'il soit si formidable, à l'entendre sur France 2. Images6_2 Elle sourit même lorsqu'on lui parle de ses défauts. Mais parce qu'entre le péril Le Pen et la fiscalité promise par le compagnon de Ségolène, le "danger est trop grand".

"On peut avoir des envies, il faut se rendre à la raison" a-t-elle lâché avec un regret que l'on sent profond.
Ce que Nicolas Sarkozy a laché, lui, pour qu'elle en arrive là... Mystère. Même si a relire le post du 21 décembre on peut s'en faire une petite idée. Ca tombe bien, POM, son homme, est notre invité sur I>télé lundi matin. Ce sera l'occasion de lui demander si on lui a ou non promis la Présidence de l'Assemblée après le départ de Jean-Louis Debré en février pour le conseil constitutionnel.


jeudi 11 janvier 2007

Ségolène , François et la "Sapinière"

La SCI de la Sapinière (célèbre sur ce blog depuis le commentaire déposé hier par Stef-de-Clamart, alias "simplement-UMP") commence à agiter les chaumières médiatiques. RMC s'en empare et la presse écrite ne devrait pas tarder à vous narrer l'anecdote.

De quoi sagit-il ? d'une société civile immobilière gérée par François Hollande et "Marie-Ségolène" (le registre fait foi) Royal. La SCI affiche 914.694 euros d'actifs. Qu'y apprend-t-on ? Que le couple Hollande (ainsi que Georges et Nicolas, les parents de François Hollande actionnaires pour le tiers) utilise ce procédé assez classique pour gérer un ou plusieurs biens. Images7_2
La SCI fonctionne en effet comme une société et facilite par exemple les cessions de parts. En revanche, ce n'est pas une structure de défiscalisation. Elle est fiscalement transparente, neutre. Et l'inventaire des parts de Ségolène Royal devront comme celui de ses autres biens mobiliers et immobiliers être déposés au Conseil Constitutionnel lors de sa déclaration de patrimoine.

Malgré celà, Stef-de-Clamart et ses amis ont aussitôt arrosé le web de cette information.

"Oserez-vous publier ceci?" lit-on sur le site rmcinfo.fr. "Nationalisez la Sapinière" découvre-t-on sur le site Boursorama (pas moins de 14 messages) mais aussi sur les enfantsdedonquichotte.com. "Les deux énarques paient-ils des impots?". L'info se retrouve d'un clic sur les forums de France 2, de Ripostes sur France5, du Figaro. Du forum-auto.com à moiségolène.fr (site satirique) on ne parle plus que ça. Avec sources mails différentes mais des mots qui se recoupent. Les Hollande-Royal sont toujours de "farouches partisans" de l'ISF. "Le coeur à gauche mais le porte-feuille à droite" et il faut le "faire savoir à la France d'en bas".

De là à penser que cette info relève d'une entreprise organisée par le très tonique chef du site web de l'UMP (que l'on a déjà vu à l'oeuvre ici pour appeler à voter Sarkozy lors de notre précédent sondage), il n'y a qu'un pas... Que je me refuse à franchir. Faute de preuve.

Au fait : selon les spameurs, cette société couvrirait un appartement à Boulogne-billancourt, un hotel particulier dans le 7ème (faux : c'était une location, nous dit Marie), une maison à Mougins et une autre à Melle. Pour un peu plus de 900.000 euros seulement, ça me semblerait très bon marché. A moins que la SCI ne concerne que l'appartement de Boulogne, ce qui me semble le plus probable.

Au bout du compte c'est drôle tout de même parce que c'est justement une histoire de SCI qui est longtemps restée en travers de la gorge de Bernadette Chirac née Chodron de Courcelles. En 1994, le Canard Enchainé avait en effet accusé les Chodron de s'être enrichi en revendant des terrains parisiens situés en bord de Seine au Moulins de Paris. L'affaire était en bois. Les Chirac ont accusé le camps Balladur d'avoir commandité la fuite. Nicolas Sarkozy, le ministre du budget de l'époque, a toujours affirmé qu'il n'y était pour rien.

Décidemment, sur le net, elle promet cette campagne !

Tous à l'Elysée !

A onze heures pétantes ce matin, il n'y avait plus aucun dirigeant de presse joignable sur la place de Paris. Pourquoi ? Parce que tout le monde, venin et poignards rentrés, s'était précipité à l'Elysée Images5_2 pour assister aux voeux du Président à la Presse.

Soucis journalistique ? Pas le moins du monde : les voeux de Jacques Chirac sont retransmis à la télé. Non. Ils (et elles) sont tous (et toutes) là parce que justement c'est l'occasion d'y être et d'"en être". Images2_5

Accessoirement l'occasion de flater, une dernière fois, ce souverain républicain dont on vient de passer l'année à dire tant de mal.

Il faut dire que comme chaque année, l'Elysée, plutôt avare de sa communication, a bien fait les choses. On a littéralement convié toute la place de Paris. Comme pour se faire pardonner cet assourdissant silence présidentiel. Il n'est pas un présentateur, pas un journaliste politique ou diplomatique qui n'ait reçu son petit bristol. "Tenue de ville"... "Prière de se présenter entre dix heures quinze et dix heures quarante-cinq au plus tard". Exercice imposé, de représentation pour les responsables des media, les voeux du Président, sont aussi le premier signe de reconnaissance sociale du jeune ambitieux (ah, le premier carton incrusté du sceau élyséen!), l'endroit de tous les contacts pour le Rastignac de la quarantaine et un exercice de routine pour les vétérans.

Il faut voir, certains de mes confrères et habitués des lieux venir se coller au monarque en fin d'intervention, lorsque les caméras s'éteignent et que l'on reste entre soi. Il faut les observer cherchant son regard, un mot, un geste Images6_1
(une main sur l'épaule, quelques secondes de plus), un sourire, qui les distingueront des autres. D'autres profiteront plus prosaïquement de l'occasion pour glisser un mot, une recommandation à un confrère bienveillant. Arranger une bisbille, tenter de booster sa carrière. D'autres pour dire du mal de l'un, moquer la fraîche légion d'honneur de l'autre ("il l'aura eu à l'arrâché, c'était maintenant ou jamais"...).

Pour certains, ce sera même l'occasion de juger de la prestance, du profil ou du galbe de la fesse d'un présentateur ou d'une présentatrice télé, dont on aura beaucoup parlé cette année-là. Et oui... On a beau être journaliste, on n'en est pas moins homme... (ou femme...).

Ajoutez que cet aréopage ne va pas se quitter pendant près d'une semaine. Car ce rite républicain va être reproduit quarante fois au moins : chaque ministre sacrifie en effet à son tour à cette séance de voeux qui, à l'affluence, mesure votre influence. Il faudra donc observer les mêmes confrères sortir de l'Elysée, un sourire à nouveau ironique au coin des lèvres, pour se précipiter à la conférence de presse de Nicolas Sarkozy.

Dans cette succession de mots et de buffets, une mention particulière cette année à François Goulard, sans doute le plus anti-sarkozyste Images3_3 et pour sûr le plus original. Par provocation, sans doute, Le ministre de la Recherche, anti-sarkozyste proclamé, présentera ses voeux mercredi prochain au Musée du Quai Branly, si cher au Président la République. La "cérémonie" vaudra le détour, pour les petites phrases qui risquent de fuser. Au pire, on pourra toujours en profiter pour admirer lors d'une visite privée les collections formidable du musée des Arts Premiers.

J'arrête, je sens que j'agace... Cette comédie humaine, en tout cas, est assez joliment résumée par ces mots trouvés hier soir et d'une actualité brûlante :

"Au lieu de gouverner, les hommes politiques se sont mis à communiquer en vase clos. Ils prennent la pose devant le miroir déformant des médias. L'obsession de l'image a orienté leur stratégie. (...) Une esthétique du pouvoir a remplacé l'exercice du pouvoir, concédé à des entourages mondains, des experts technocratiques, des éminences lovées dans des cabinets ministériel, plus habiles à flatter qu'à trancher.

Peu à peu, des clans parisianistes ont pris le contrôle (...) d'où une dictature sournoise de l'émotion dans une atmosphère de cour, ou de bas-empire, aggravée par une dérive monarchique dans le fonctionnement de nos institutions. (...) Le peuple est devenu l'oublié d'une démocratie du simulacre et de l'apparence : voilà la cause du mal français".

L'auteur ? Montesquieu, Bayrou, Montebourg, De Gaulle ?

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  • Parce que l'actualité ne s'arrête jamais, je vous propose de partager ici mes commentaires, de réagir aux infos glanées "off" et surtout de débattre ensemble, sans tabou.

    Langue de bois interdite, coups de gueules bienvenus...

L'auteur

  • A 40 ans, je co-anime depuis deux ans la matinale d'i>TELE aux cotés de Nathalie Iannetta.

    Avant de rejoindre le groupe CANAL+, je présentais le 18/20 d'Europe 1 et "Question d'actu" sur LCI. Ancien correspondant de TF1 à Washington et à Jerusalem, j'ai commencé ma carrière par le reportage.

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