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mercredi 25 octobre 2006

Peut-on encore critiquer Segolène Royal ?

Une fois de plus, selon les commentateurs, la Madone est donc sortie gagnante de son duel avec les chevaliers du graal socialiste. L'excellent Nicolas Domenach, à l'unisson des confrères, saluait ce matin sur l'antenne de itélé la nouvelle candidate probable du PS aux présidentielles. Hier soir, dit-il, elle nous a rejoué "Ségolène et les Garçons". Tour a tour sévère, mutine, jamais ébranlée en tout cas dans ce qui semble à l'entendre relever de ses convictions profondes. Et l'on entend désormais sur toutes les ondes cette docte phrase (qui tout de même relève d'un machisme assez étonnant) : elle a gagné, non parce qu'elle a été plus brillante, mais parce qu'elle ne s'est pas effondrée.

"Nous avons trois très bons candidats", semblait découvrir (avec regrets?) hier soir le strauss-kahnien Camdadelis chez Samuel Etienne. Et les militants de renchèrir sur une radio à l'aube : "le choix est difficile. Ils sont très bons tous les trois mais bon : elle a la priorité des sondages et nous ce que l'on veut c'est gagner"... Même le député UMP Yves Jego, invité politique de la matinale, croit pouvoir dire que c'est elle que le président de l'UMP devra défaire s'il veut accéder à l'Elysée. Voilà donc la régle de ce nouveau sport : gagner n'est rien, un nul suffit. Comme on dit au foot : le secret serait de faire "déjouer" l'adversaire.

Apparemment, donc, rien n'atteint madame Royal dans sa marche vers l'investiture. Ni ses maladresses presummées qu'elle finit par ériger en système politique (cf "sur la Turquie, mon avis sera celui des francais"), ni les propositions militaristes qu'elle réhabille d'humanitaire en réussissant a nous faire croire (et pourquoi pas, finalement !) qu'on l'avait mal comprise. Pas plus les saillies verbales du ministre sarkoziste Brice Hortefeux sur ses accents petainistes (rien que ça!), que cette franche accusation de "populisme" lancé par Laurent Fabius dés l'entâme de ce deuxième débat.

Tout. Elle assume tout. Elle corrige, elle renvoie dans les cordes, elle impose - très maitresse d'école - de finir ses phrases là ou ses contradicteurs doivent multiplier les sourires pour réussir à gagner de précieuses secondes de temps de parole. Elle glisse même de petites remarques taquines au milieu des réponses des autres, elle qui a exigé - justement - que les débats n'en soient pas et que les trois candidats s'expriment chacun leur tour, sans être interrompus. "Segolène a de l'humour, c'est une qualité" grince Laurent Fabius, interrompu en pleine envolée sur le sort d'une famille d'immigrés et à qui tout à cette seconde semble échapper.

Sans doute est-ce là un privilège réservée à celles et ceux qui caracolent en tête : imposer aux autres des regles et un tempo, mais pas s'y soumettre soi-même.

Résultat, à l'ombre du "ségolisme" triomphant, on trouve désormais des gens très abattus au Parti Socialiste. Un Jean Glavany, en petite forme, reconnait sur notre plateau à 7.10 que "les débats n'ont qu'à peine fait bouger les lignes chez les militants" (la ligne fixée par les sondages, sous entendu) et qu'il est desormais "très peu probable" qu'il y ait un second tour après le 16 novembre. Un autre ancien ministre de Jospin qui affirme connaitre Ségolène Royal depuis vingt-cinq ans ose pousser le bouchon, mais "bien entendu c'est off" :

- Je suis angoissé à l'idée qu'elle porte les couleurs socialistes en 2007, encore plus angoissé à l'idée qu'elle parvienne a l'élysée. Je suis effrayé par son egocentrisme, son egotisme, son populisme, son incapacité à jouer collectif", ajoute-t-il.

Et lorsqu'on lui demande pourquoi il ne le dit pas à l'antenne, puisque jusque là tout est "off the record", il répond :

- Je ne veux pas m'âbimer
- Pas abîmer celle qui risque d'être la candidate socialiste en 2007, vous voulez dire ?
- Non, ne pas m'abîmer moi. Nous sommes dans l'irrationnel. Ce qui se passe relève du messianique. C'est la pensée unique. Les critiques portées contre Ségolène Royal sont devenues inaudibles. Plus personne ne veut les entendre.

Ainsi a six mois d'une élection, alors que l'on ose éreinter sur une chaine publique le président de la république dans un passionnant documentaire qui rassemble plus de cinq millions de télespectateurs, on n'oserait plus déjà plus critiquer la candidate favorite des sondages à gauche.

Décidemment, la politique est un bien curieux métier.

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L'auteur

  • A 40 ans, je co-anime depuis deux ans la matinale d'i>TELE aux cotés de Nathalie Iannetta.

    Avant de rejoindre le groupe CANAL+, je présentais le 18/20 d'Europe 1 et "Question d'actu" sur LCI. Ancien correspondant de TF1 à Washington et à Jerusalem, j'ai commencé ma carrière par le reportage.

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